Sortir de la dette par l'inflation n'est pas la solution...

Le Captain' L'actu vue par le Captain' 27-07-2012

En France, la dette publique au sens de Maastrich s'établit actuellement à environ 1800 milliards d'euros, soit près de 90% du PIB. Si l'on s'intéresse à la dynamique de la dette, il n'existe que quatre méthodes pour faire baisser le ratio d'endettement d'un pays: (1) augmenter le solde budgétaire primaire, (2) diminuer la charge d'intérêt de la dette (3) avoir une croissance plus soutenue et (4) recourir à l'inflation.

 

L'inflation apparaît alors comme LA solution miracle pour sortir de la crise de la dette. Pourquoi en effet faire des efforts structurels important s'il suffit d'augmenter l'inflation pour arriver au même résultat? Il est vrai que d'un point de vue théorique, l'inflation réduit le poids de la dette. C'est un fait ! En cas d'inflation forte, la France devra toujours rembourser ses 1800 milliards d'euros de dette, mais le PIB nominal augmentera rapidement et donc le poids de la dette en pourcentage du PIB diminuera. Pour plus d'infos, le Captain' vous conseille de lire l'article "La dynamique de la dette : taux d'intérêt, croissance, inflation et solde budgétaire primaire". Oui mais...

 

Tout d'abord, il faut savoir qu'en France environ 10% de la dette est indexée sur l'inflation. Pour cette partie de la dette, une forte inflation se répercutera directement sur les taux d'intérêt et cela n'aura donc aucun impact sur le poids de la dette. Pour la partie de la dette non-indexée sur l'inflation, une hausse d'un de l'inflation aura un effet relativement limité sur le niveau de dette. En effet, il faut bien comprendre qu'en cas de hausse de l'inflation d'un point par exemple, les taux d'intérêt nominaux sur la dette nouvellement émise sur le marché primaire par la France devraient augmenter dans les mêmes proportions. En tant qu'investisseur, vous allez en effet réclamer un taux d'intérêt plus élevé pour compenser la hausse de l'inflation. Logique.

 

L'inflation n'aura donc un effet que sur la dette existante et non-encore "roulée". L'efficacité d'une politique inflationniste dépend donc de la maturité moyenne de la dette. Plus la maturité de la dette d'un pays est élevée, c'est à dire plus la date de remboursement de la dette est éloignée, plus l'inflation diminuera le poids de la dette. En France, la maturité moyenne de la dette est de 7 ans et 1 mois; dans la moyenne haute des pays de l'OCDE.

 

Une étude de l'OCDE de décembre 2011 (source: Current Issues in Managing Government Debt and Assets) montre que pour un pays avec une maturité de dette dans la moyenne, il faudrait une inflation autour de 6% pendant 10 ans pour simplement retrouver le niveau de dette d'avant crise ! Et ceci sans prendre en compte les effets négatifs d'une politique inflationniste: volatilité des taux de change, incertitude sur la capacité à instaurer une nouvelle cible d'inflation crédible, risque d'hyper-inflation, coût de la désinflation dans le futur...

 

OECD-Inflation-Dette

 

L'inflation permet en effet de réduire le poids de la dette, mais les risques associés sont difficiles à anticiper et peuvent s'avérer dévastateurs. Et surtout, le problème n'est absolument pas réglé ! Une fois l'ensemble de la dette roulée, si le taux de croissance nominal du PIB (inflation + croissance réelle) est inférieur au taux de croissance de la dette (déficit primaire + charge d'intérêt de la dette), alors la dette en pourcentage du PIB augmentera inexorablement.

 

Conclusion: Il est donc temps de s'attaquer aux réelles causes de la crise de la dette, en arrêtant de vouloir une fois encore simplement gagner du temps en repoussant les problèmes à demain.


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